« Réforme de la formation des enseignants » ou nouvelle attaque contre le statut, la rémunération, les postes ?

Propagée par les ministères de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche, la formule « réforme de la formation des enseignants » est trompeuse car très réductrice.
Comme il est habituel de la part de ce gouvernement, les informations officielles et écrites sont très imprécises et rares. Combinées aux informations distillées dans les discours ou interviews, elles permettent cependant de tracer les grandes lignes de la nouvelle attaque qui se prépare.

Il s’agit certes, en partie, d’une réforme de la « formation » des enseignants, c’est-à-dire, dans le jargon ministériel, de l’enseignement reçu en amont des concours comme de la formation professionnelle délivrée après ceux-ci. Mais en réalité il s’agit d’une attaque contre la qualification, la rémunération et le statut des enseignants, et « en même temps », d’une nouvelle économie budgétaire.

Vers la fin de la qualification disciplinaire des enseignants

Tous les indices concordent : dans la continuité des « référentiels » égrenés depuis des années, les « compétences » devraient prévaloir dans le recrutement. Comme si l’on pouvait devenir enseignant sans une maîtrise sérieuse des disciplines fondamentales (pour les PE) ou d’une discipline particulière (pour les professeurs de collège ou lycée) ! Pour les aspirants PE, le recul de la qualification disciplinaire irait même jusqu’à les parquer dans des « licences professionnelles » dépourvues de toute qualification disciplinaire. Quant à la qualification disciplinaire des PLC, amoindrie par la réforme de la licence « à spécialisation progressive » en 2014 et qui le sera plus encore par la nouvelle réforme mise en œuvre au plus tard en septembre 2019, nul doute qu’elle serait ajustée à l’effacement des enseignements disciplinaires introduite par la récente réforme du lycée.

Une réduction drastique de la formation professionnelle pour faire des économies sur les postes

Sous couvert de « pré-recrutement » ou de « professionnalisation », l’essentiel du temps de formation des apprentis professeurs serait passé … à travailler dans les établissements. En parfait accord avec les objectifs de réduction des effectifs de la fonction publique et de « CAP 2022 », ceci réduirait la main d’œuvre dans les ESPÉ (qui assurent cette formation professionnelle), pour la redéployer vers les enseignements primaire ou secondaire. Ceci permettrait aussi de transformer les apprentis professeurs en main d’œuvre bouche-trous dans les établissements. Pour les ESPÉ, la réduction serait d’autant plus forte qu’il n’en resterait plus qu’une par académie, en parfait accord cette fois avec la réforme territoriale, continuée par l’actuel gouvernement.

Vers la fin des concours d’État et la contractualisation

Il s’agit aussi d’instaurer un nouveau type de concours, forcément moins disciplinaire compte tenu de la déqualification disciplinaire imposée en amont. Il a même déjà été annoncé que ce serait la « motivation » qui prévaudrait pour l’épreuve d’admission au concours de PE…

La dissociation, au moins pour les PE, des épreuves d’admissibilité et d’admission (qui seraient espacées de deux ans !), avec durant cette période un statut de contractuel, présage d’une extension indéfinie de la condition de contractuel enseignant, en parfaite concordance avec l’ « élargissement du recours au contrat » dans la fonction publique prôné par le ministre Gérald Darmanin pour « refonder le contrat social avec les agents de la fonction publique » (juillet 2018) !

 

Enseignant : un « petit boulot » à moins de 1000 euros par mois !

Le ministère de l’Éducation nationale affirme vouloir « réformer la formation » en tant qu’il est « employeur ». Depuis 2009, cet employeur, dans le cadre de la « masterisation » combattue par FO, n’assume déjà pas ses responsabilités en matière de formation professionnelle, la situation des ESPÉ étant contrainte par les budgets d’austérité des universités « autonomes » qui les hébergent. En embauchant comme contractuels des AED admissibles au concours de PE, il aurait ainsi à sa disposition des enseignants apprentis qui, tous petits salaires cumulés (dont 250 euros d’enseignant), gagneraient environ 950 euros par mois. Est-ce vraiment de cette manière que l’on peut revaloriser la profession enseignante ou renforcer, pour reprendre une formule du ministre, l’« attractivité du métier » ?

En réalité, on a à faire à un « employeur » qui dicte ses exigences … mais ne paie pas.

Comme les enseignants stagiaires de l’ESPÉ de Paris, réunis en assemblée générale le 7 septembre, FO ESR n’accepte pas la disparition du statut, la détérioration des conditions de travail et les surcharges de travail, les baisses de rémunération.

 

FO ESR revendique :

  • le maintien des recrutements par concours nationaux au niveau Bac+3 à l’issue d’une licence disciplinaire ;

  • le maintien du statut de fonctionnaire d’État pour tous les enseignants, partant le maintien du statut de fonctionnaire d’État stagiaire à plein traitement pour les lauréats des concours ;

  • l’abandon de toute contractualisation de la profession enseignante ;

  • le retour à un tiers-temps d’enseignement devant les élèves pour les enseignants fonctionnaires stagiaires, sans la surcharge induite par l’acquisition du grade universitaire de master ;

  • une formation professionnelle initiale pour les enseignants stagiaires qui soit intégralement à la charge de l’État employeur ;

  • l’abandon de la régionalisation de l’Éducation nationale et de l’ESR et le maintien de tous les sites de formation professionnelle des enseignants fonctionnaires stagiaires ;

  • le maintien de toutes les préparations disciplinaires aux concours d’enseignement dans les universités ;

  • l’abandon de tout projet de mobilité forcée des actuels enseignants formateurs de statut premier degré ou second degré en ESPÉ, le maintien de leur statut, de leur affectation dans le Supérieur et de leurs postes.

Statut général de la fonction publique, statuts des corps de fonctionnaires, dont le Code des pensions civiles et militaires (retraite des fonctionnaires d’État), garanties collectives, grades universitaires et diplômes nationaux : sur cette base, la grève et la mobilisation interprofessionnelle du 9 octobre ont déjà montré la détermination de tous les salariés. FO ESR appelle tous les collègues à se rassembler pour rejoindre ces revendications et renforcer encore le rapport de force pour faire reculer ce gouvernement.

09/10/2018